17.07.2009
Lecture pour tous
(Photo : Oliver Paffrath pour Skoda)
Puisque certains enfants de ma connaissance ont emprunté dernièrement les cent dix-huit volumes de Proust en édition Pléiade de la bibliothèque afin de reconstituer en papier bible les aviations japonaises et américaines qui se sont affrontées au-dessus de Pearl Harbor en 1941, j’en ai profité pour lire le recueil de Léonard Liesens, pilier nord de la discipline, Endurance – débuter, gérer, gagner. Première impression positive : je lis couramment le Belge. Ce qui n’est pas le cas avec le Roumain, comme quoi l’Europe concerne plus la géographie que l’histoire. Un petit livre, donc, très documenté, clairement rédigé, plein de photos (shootées par l’auteur et Caroll Gatelier – dont certaines très réussies), et accessoirement préfacé par le Maître Capello de la discipline, Jack Bégaud, sensible à cette « initiative courageuse », à ce « panorama précis, équilibré entre raison et sentiment qui se lit d’une traite ». Personnellement je l’ai lu en plusieurs fois car il faut bien débarrasser le champ de bataille des carcasses d’avion, sans compter les blessés parmi les pilotes, qui volaient à l’époque sans lunettes de protection… Peut-être en référence (j’attends confirmation de l’intéressé) à l’Ancien Testament qui commence, je le précise pour les Bouddhistes, par la phrase « Au commencement était le Verbe », Léonard (Liesens) débute ainsi : « Notre sport n’est pas très médiatisé ». C’est rien de le dire, comme on dit à Knot le Zout quand on pense qu’il va pleuvoir. Cet opuscule vient donc ajouter une pierre à l’édifice public de l’endurance. Visitons le bâtiment, donc.
Endurance – débuter, gérer, gagner est avant tout un condensé de conseils pratiques et techniques (la plupart du temps présentés avec humour, ce qui fait toute la différence avec la lecture péniblement urticante du mode d’emploi traduit du Polonais d’une caméra coréenne). Depuis le fonctionnement de la « machine cheval » jusqu’à son entraînement en passant par la qualité du ferrage ou l’importance du choix d’une paire de chaussettes, Léonard passe en revue l’ensemble du processus endurance. Dans le chapitre « électrolytes », qui compare minutieusement les stratégies très différentes de plusieurs cavaliers, peut-on ainsi découvrir que « sur une 160Km, un cheval produit assez d’énergie pour faire bouillir 600 litres d’eau ». La partie « moniteur cardiaque », très pointue aussi, est rythmée par les « lub dub », les deux sons d’un battement de cœur – « cette énorme pompe capable d’envoyer jusqu’à 200 litres à la minute vers les organes et les tissus… ». Quand il aborde le thème de « l’épreuve d’endurance », Léonard cite un adage probablement inventé par Pierre Bellemare qui n’y connaissait pourtant rien aux chevaux : « Vous êtes la tête et il est les jambes. » Mais rapidement l’auteur, en cavalier d’expérience, entre dans des considérations plus techniques, jusqu’à cette autre synthèse que tous les débutants devraient garder en mémoire : « Un cheval en course, c’est comme une voiture sur la réserve à 120Km de la prochaine pompe… » Que dire de plus ? Je passerai donc ici sur l’énumération quasi exhaustive, le livre fait 140 pages, des différents points à maîtriser, notamment « l’entraînement vers le haut niveau » ou plus modestement sa position en selle, pour finir, et pour éventuellement gagner une course – sachant que « tous les chevaux ne naissent pas égaux ». Même dans la France de Robespierre.
Mais à la question essentielle de savoir pourquoi l’endurance attire « de plus en plus de passionnés », Léonard apporte une réponse que je ne saurais contredire : « Est-ce un effet de mode ou l’attrait de la compétition en pleine nature ? ». Sachant que la « mode » est à la « nature », la réponse se trouve dans la question. Néanmoins, le livre soulève une autre interrogation, plus critique vis-à-vis de l’avenir. « L’endurance est quelque part un sport de l’extrême, mais que l’on peut encore aborder avec peu de moyens, même si la tendance actuelle se dirige inexorablement – surtout en France et dans le Golfe – vers une discipline à deux vitesses. » Un regard extérieur, donc objectif, sur une équitation française particulièrement liée aux besoins matériels inhérents au sport équestre, où la dichotomie s’avère bien grandissante entre les cavaliers amateurs et professionnels. Une hypothèse qui tient debout. Une bonne raison de soutenir une « initiative » à même de motiver et d’aider le plus grand nombre de cavaliers, qui heureusement savent tous lire le Belge.








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Commentaires
Se lever à 5h30 le dimanche pour nourrir les chevaux avant de partir en balade c'est dur (surtout un dimanche qui suit un samedi soir) mais faire un tour à 7h sur hyppoblog pendant la digestion des équidés ça récompense déjà ce méritoire effort ! Cet article est le Verbe qui commence mon dimanche ... Bravo et @+ !
Ecrit par : marie breucq | 19.07.2009
Au commencement, en fait, était le réveil...
Ecrit par : HyppoBlogueur | 19.07.2009
Peut être faut-il comme Johnny mais pour d'autres raisons que fiscales, essayer d'obtenir la nationalité belge ou zimbabwéenne pour
tenter sa chance avec un jeune cheval et essayer de se faire plaisir. Sinon, pour l'aviation, un Missel tridentin, (trouvable en brocante) peut aussi faire l'affaire.
Ecrit par : catherine Bertrand | 27.07.2009
Chère Catherine, n'oublions pas que la Belgique est plate, mais pas morne, et qu'un sol plat facilite le décollage. C'est pourquoi Johnny, ce grand homme politique franco-monégasque, a préféré s'y installer. Pour regarder s'envoler les flamands roses. Quand à nos chevaux, ils ne font aucune différence entre une carotte wallonne et une coucourge périgourdine, alors...
Ecrit par : HyppoBlogueur | 27.07.2009
Souhaitant débuter en endurance, ce livre de Léonard Liesens m'intéresserait, pourriez vous me communiquer son n° ISBN afin que je puisse le commander dans une librairie ? Merci
Ecrit par : Krn | 09.12.2009
Cher / Chère Krn, j'ai toujours rêvé de travailler dans une bibliothèque, aussi j'aligne ici les coordonnées libraires de l'opuscule : "Endurance, débuter-gérer-gagner", Liesens Leonard, Editeur - ISBN 978-2-8052-0019-9. J'ajouterai : Krn, bonne chance en endurance - et un conseil personnel, pas de moules-frites avant le départ, même d'une 20Km...
Ecrit par : HyppoBlogueur | 09.12.2009
Merci beaucoup !
Ecrit par : Krn | 11.12.2009
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