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26.09.2009

Semaine sainte

DominikMentzos.jpg(photo : Dominik Mentzos)

Grâce à une centaine de mails quotidiens, sans compter, quand même, quelques inserts dans la presse locale, difficile d’ignorer le plus grand événement mondial de la semaine, détrônant royalement les Championnats d’Europe d’endurance, à Assise (Italie), et, surtout, le sommet du G20, à Londres, je veux bien entendu parler du Championnat d’Europe de Concours Complet de Fontainebleau, à Fontainebleau. Un événement à ce point capital que même le site du Nouveau Paris, sorte de méga syndicat d’initiative dont l’objectif est de promouvoir Paris comme destination touristique, s’en fait l’écho pimpant. « Un honneur pour la France qui n’a accueilli cette compétition que deux fois par le passé. » Sous entendu, un honneur pour Paris, car Fontainebleau vu de loin c’est Paris, qui devient capitale de l’équitation française, ce qui va faire grincer quelques dents en Normandie, et des mâchoires entières du côté des Yvelines. Mais si l’on reste positif, Fontainebleau, Rambouillet, Maisons-Laffitte, et peut-être même Compiègne, si le comité Balladur qui veut rattacher l’Oise à l’Île-de-France s’avérait suivi à la lettre, représente un pôle géographique effectivement capital pour l’équitation nationale. Le « nouveau Paris », cousin administratif du « Grand Paris », concrétisé dernièrement par la nomination d’un super-Préfet, représenterait ainsi le Monde équestre en France. Les p’tites femmes de Pigalle vont désormais devoir monter à cheval.

Raid Bull

AndreasAchmann.jpg(Photo : Andreas Achmann)

Le dernier numéro, à savoir le N°2, du magazine Raid Équestre qui mérite un galop jusqu’à la prochaine librairie, pose dès l’édito une question pour le moins explosive concernant les non-subventions largement attribuées par la Fédération Française d’Équitation aux cavaliers d’endurance, qui devront se rendre en stop à Lexington, dans le Kentucky, pour participer au Jeux Équestres Mondiaux de l’année prochaine. En effet, la FFE ne prendra même pas en charge le taxi depuis l’aéroport. Aussi, pour pallier à ce manque évident de motivation administrative, c’est un particulier, en la personne de Mostapha Chakil, mécène amateur et propriétaire multicarte, qui envoie « à ses frais » une délégation française pour repérer le terrain – car la France, avec un grand F comme Fédération, championne du Monde et championne d’Europe, ce qui reste un must jusqu’à d’éventuelles épreuves sur Mars, sera présente à l’événement, ses cavaliers dussent-ils traverser l’Atlantique à la rame (le cheval est un excellent rameur)… Derrière cette initiative individuelle se dessine un schéma économique digne d’une période de crise. D’un côté une maison-mère, la FFE, sourde aux besoins d’une entreprise en péril, l’endurance, et de l’autre, un repreneur potentiel de ladite entreprise en faillite. Dans ce cas précis, en général, grondent les syndicats, qui craignent pour leur outil de travail et leur avenir professionnel. Mais là, non. Là, les professionnels, qui sont très majoritairement des amateurs, ont tout à gagner à voir venir un investisseur à même de permettre à leur discipline, leur outil de loisir, d’exister encore. Sans chercher des plombes la réponse à la question de savoir pourquoi la fédération les a lâchés. Parce que l’endurance n’est pas un sport olympique ? Peut-être. Mais sachant que c’est l’ensemble de l’équitation qui risque de perdre sa vocation olympique, dixit la Princesse Haya, Présidente des contes de la FEI, une autre interrogation pourrait alors s’afficher sur les banderoles d’après 2012 : À quoi servent les fédérations équestres ?

Beauté en touche

Staudinger+Franke2.jpg(Photo : Staudinger+Franck)

Mesdames, vous l’aurez probablement remarqué par un de ces petits matins d’automne frisquets, tandis que la rosée vient chatouiller l’extrémité encore engourdie de vos bottes maronnasses enfoncées dans le foin humide du boxe d’Esmeralda, votre jument préférée : la féminité passe aussi par les pieds. Là, peut-être vous dîtes-vous qu’il faudrait faire un effort, remédier à cette silhouette déformée jusque mi-mollet par cette bande informe de caoutchouc cramoisi. Mesdames rassurez-vous, la marque Aigle, spécialiste de l’étanchéité pédestre, de concert avec le bijoutier designer Swarovski, sort le 2 novembre prochain Black Story, « une édition limitée de deux modèles de bottes de pluie noires campées sur un léger talon et constellées de petits cristaux ». Deux paires de bottes savamment parsemées des fameux Crystallized Swarovski Elements, qui brillent toujours autant, et qui « pourront allègrement se porter de jour comme de nuit ». (Si vraiment vous ne savez pas quoi faire, mesdames, sur les coups de trois heures du matin, vous pourrez dorénavant flâner sans complexe dans les écuries, ce qui fera très plaisir à Zorro qui, suite à un crédit revolving malheureux l’année dernière, dort sur la paille depuis que le Sergent Garcia a racheté sa caverne aux enchères.) Deux modèles brillantissimes, donc : Miss Juliette Nuit, orné « d’une voix lactée d’étoiles » (attention, 200 paires seulement – 350€), et Miss Juliette Bracelet, paré d’un « bandeau de cristaux uniquement sur le haut, façon bracelet » (500 exemplaires prévus – 295€ une affaire). Et pour celles d’entre vous, et uniquement celles-ci, qui ont opté pour les copeaux dont la vertu absorbante fait de l’ombre au foin traditionnel, Aigle-Swarovski propose le nec plus ultra de la botte, un modèle « en crocodile et satin ». Ce qui change radicalement, vous l’avouerez, de la botte « en caoutchouc et crottin ».

23.09.2009

C’est qui le coach ?

ChristosKarantzolas.jpg(Photo : Christos Karantzolas)

Dis-moi ce que tu penses et je te dirai qui tu es. Cette phrase célèbre, probablement l’œuvre du beau-frère de Lao-Tseu mais les historiens ne sont toujours pas d’accord entre eux, nous la connaissons tous depuis la classe de 5ème. Car cette sentence possède intrinsèquement toutes les qualités pour demeurer célèbre. Facile à retenir, logique, percutante mais pas trop et, surtout, facilement modulable. Dis-moi ce que tu manges et je te dirai qui tu es. Dis-moi ce que tu chantes… Dis-moi ce que tu conduis… Dis-moi ce que tu regardes ce soir à la télé… Etc. Un ressort inépuisable notamment pour les rédacteurs publicitaires et les journalistes en mal de titre. Donc je propose une nouvelle version : Dis-moi comment tu montes à cheval et je te dirai qui tu es. Voici, en très résumé, et en somme très réducteur, une définition du « développement personnel facilité par les chevaux », ou encore « thérapie par les chevaux », j’ai nommé l’Equi-coaching. What is it, vous demandez-vous, et je vous comprends car en 5ème nous faisions aussi tous de l’anglais. Et bien, pour expliquer dans le texte (car aujourd’hui l’on parle davantage de « EFLC » (Equine Facilitated Learning and Coaching » – coaching et apprentissage facilité par les chevaux) cette nouvelle approche de l’équitation, je vais passer la parole à Florentine van Thiel, « facilitateur équin » professionnelle. « Le développement personnel facilité par les chevaux est une nouvelle profession où le cheval devient accompagnateur des périodes de changement qui sillonnent la vie de chaque être humain. » À l'origine du principe, qui peut paraître saugrenu voire hindou, la méthode de Linda Kohanov qui, après avoir acheté une jument avec un problème au genou, pas de bol, découvrit, au fur et à mesure qu’elle la soignait, qu’elle se guérissait elle-même via un « travail d'introspection personnel ». Vous trouverez tout « le cheminement de sa propre guérison au travers de sa jument » dans un livre que je n’ai malheureusement pas eu le temps de lire, Le Tao du Cheval. (Le tao représentant chez les Bouddhistes, je le rappelle pour ceux qui séchaient les cours de judo, « la force fondamentale qui coule en toutes choses dans l’univers, vivantes ou inertes ». Oui, même « inertes » comme un facteur à l’heure de la sieste.) L’Equi-coaching, donc, tend à faire progresser le cavalier en même temps qu’il évolue lui-même en tant qu’individu – en tant que piéton, si vous préférez. Au « facilitateur équin » de mener cet individu-là au terme de sa quête, car comme partout il faut le vouloir pour se connaître soi-même – comme disait Platon, qui fut peut-être l’arrière petit cousin du beau-frère de Lao-Tseu, mais une grande dissension règne encore chez les généalogistes. « Depuis l'avènement de l'automobile, le cheval de travail est devenu animal de loisirs. Du fait de cette importante mutation des relations entre l'homme et le cheval, il y a eu émergence d'une implication affective qui a permis d'explorer les possibilités thérapeutiques du cheval. La taille de ce grand animal va inspirer une légère crainte, voire une franche peur, ou alors il va être apparenté à la mère, ou au père, et renvoyer la personne à des sensations d'enfance oubliées. Le regard que le cheval pose sur l'homme n'étant jamais intrusif, cela permet d'établir une communication sans a priori, une ouverture du cœur et de l'âme. Le facilitateur équin va tenir compte de ces différents aspects, et apporter un environnement rassurant pour permettre d'explorer l'ensemble des émotions qui vont émerger. » Et Florentine ajoute, très concentrée : « depuis toujours l’être humain poursuit l’idéal de vivre bien et longtemps, tant au niveau physique que psychique et spirituel, dans la meilleure harmonie possible avec la nature, ses lois et ses cycles. Être en contact avec un cheval replace l'humain dans son instinct et dans sa nature ». Une sorte de développement durable du moi freudien, si je peux me permettre. L’Equi-coaching, une technique qui porte bien son nom, semble ainsi capable de booster quiconque le souhaite, du soudeur au DRH, de la grand-mère active à l’étudiant amorphe, du Capitaine Haddock au curé de La Bourboule. Mais attention, le cheval seul ne peut pas développer grand-chose. Il faut, pour atteindre l’objectif, la présence d’un « facilitateur équin » (formé et diplômé). Sinon vous risquez de rester trois semaines à regarder ledit cheval brouter mollement les yeux mi-clos en vous demandant ce qui peut bien clocher dans la nature profonde de votre moi défait à cause d’une malheureuse interro d’histoire durant laquelle vous avez lamentablement séché sur la famille de Platon. Et ça c’est très mauvais pour le moral.
Pour en savoir plus, et pour vous éviter douze ans de thérapie lacanienne, voici l’adresse de Florentine van Thiel, que je salue au passage : chevalliance.coaching@gmail.com

Journal officiel

Un spécial merci au magazine Cheval Pratique pour son article sur HyppoBlog – et un spécial bravo pour son papier sur Jubilée d’Ouilly, la jument high-tech de Pénélope Leprévost, où je découvre qu’un Selle Français peut ne pas dépasser en taille un Pur Sang Arabe et malgré tout sauter 1,60 mètre de barres je vais de ce pas lire l’article à mon cheval, qui ne connaît des obstacles que leurs couleurs chatoyantes sous le soleil couchant, et qui accessoirement ne sera pas peu fier de se voir cité dans un magazine national, je crains d’ailleurs qu’il n’exige le droit de contacter Stéphane Litas, son rédacteur en chef, et tout faire dans le but de poser pour le célèbre poster central – néanmoins, à la lecture de ce court portrait d’HyppoBlog, soulignant notamment une fâcheuse tendance à supporter des phrases de dix lignes je ne vois pas pourquoi, je m’interroge sur l’image que peut générer de moi-même ce « journal intime », je cite. (Je rappelle humblement qu’un « journal intime » reste surtout destiné à n’être pas lu, sinon ça devient un journal de bord. Ou un blog, donc.) Un prénom, « une chemise blanche négligemment sortie du jean », « un avis sur presque tout », « une légère calvitie de quadra ». What else ? – comme dirait Maurice, serveur au Café des Sports. Sommes-nous réellement autre chose qu’une entité perçue par les autres ? N’est-ce pas l’orgueil qui nous pousse à poser sur nous-mêmes un regard personnel, image sublimée, limitant la critique aux défauts mineurs, au risque de se perdre dans le doute ? On est peu de choses, comme dit le même Maurice après trois Pastis. Mais je m’insurge contre cette critique journalistique arbitraire : je ne souffre d’aucune « calvitie de quadra ». C’est juste que je porte sur la tête mon casque très en arrière…

Retouche-moi pas

JustinPolkey3.jpg(Photo : Justin Polkey)

Le 15 septembre dernier, tandis que les arbres le long des boxes lentement s’effeuillaient, Valérie Boyer, députée UMP des Bouches-du-Rhône, proposait très sérieusement un texte de loi imposant, sous peine d’une amende de 37 500€, la mention « Photographie retouchée afin de modifier l’apparence d’une personne » sur toute image retouchée via Photoshop (ou assimilé). Effacer d’un coup de baguette magique – sans prévenir le spectateur (mâle) hypnotisé – une micro ride au coin de l’œil de Monica Belluci deviendrait donc passible de la cour pénale. Drôle d’idée, pourtant défendue bec et ongles manucurés par Mme Boyer. « Les photographies publicitaires ou de mode sont trompeuses. On veut nous faire croire que ce sont de vraies gens, mais c'est faux. Il faut mettre fin à cette duperie qui incite les jeunes filles à vouloir ressembler à ces modèles, maigres et sans aucune aspérité. » Messieurs, sans être spécifiquement juristes, je vous laisse juges de la concordance de l’analyse de madame la députée avec la plastique de l’exemple précité. Personnellement je considère le regard de Monica Belluci comme une magnifique aspérité. Par contre, messieurs, et mesdames qui pouvez reprendre une lecture sereine, que penser, dans ce contexte esthético-sanitaire, de la recrudescence d’images retouchées des plus beaux chevaux du circuit. Un exemple au hasard, celui qui orne l’affiche (totalement créée sur ordinateur) du prochain Salon du Cheval de Paris. Un cheval lisse, musclé, uniforme, posé, parfait en somme, comme la couverture qui couvre sa croupe sans le moindre faux pli. Or, quand nous savons à quelle vitesse les nôtres, aussi somptueux soient-ils, se cognent, se coupent, se mordent et bavent, il semble évident que l’image de ce cheval-ci correspond aux critères, traduits en langage équin bien entendu, de Mme Boyer. De quoi en traumatiser plus d’un parmi nous qui, venant d’acquérir l’étalon de tous leurs désirs cavaliers découvert sur un écran dix-sept pouces à 9 milliards de pixels, s’aperçoivent quelques jours plus tard, en rentrant au boxe, que leur cheval « idéal » vient de se rouler dans douze kilos de crottin ramolli par l’eau renversée sur du foin sale… Sauf que nous, cavaliers habitués à la boue, nous savons à quoi nous en tenir. Il n’y a pas « tromperie sur la marchandise ». L’expérience, en l’occurrence équestre, nous a fait prendre conscience d’une vérité : l’image n’est que le reflet de la réalité, pas la réalité. Un cheval irréprochable en compétition ne l’est pas au paddock. Il reste un cheval. Monica Belluci, qui apprécie la gastronomie italienne, mange parfois de l’ail, et la « jeune fille » qui cherche à atteindre le canon d’une génération (qui, soit dit en passant, était le même à l’époque de sa mère et de sa grand-mère), le sait. Ce qui ne change rien à son objectif de plaire à travers son image. Forte de cette constatation, Mme Boyer pourrait ainsi lire son ELLE sans souci.

17.09.2009

Sahara-sous-Bois

CostasAvgoulis2.jpg(Photo : Costas Avgoulis)

Et si, en plein Sahara, l’Afrique du Nord concurrençait un jour les CEI de Compiègne ou Rambouillet, célèbres pour leur forêt – et leurs jambon-beurre largement remplaçables par un couscous brochettes, certes plus subtile à manger à cheval mais tellement plus raffiné ? L’idée peut paraître saugrenue au regard de la topographie du plus grand désert mondial et de ses 85 degrés à l’ombre des saules pleureurs, très rares dans la région, et pourtant… Leonard Ornstein, biologiste israélien, avec deux de ses copains américains chercheurs à la NASA qui ne passe pas son temps à s’envoyer en l’air, viennent de proposer à qui veut l’entendre, dans la revue Climatic Change, un projet qui renvoie la conquête de l’espace au rang de gadget pour Pif Poche : désaliniser de l'eau de mer dans d'immenses installations, l’acheminer via des canalisations en plastique enterrées (pour éviter l'évaporation) vers le Sahara, et y faire pousser des arbres. Beaucoup d’arbres… Outre la possibilité offerte aux enfants du coin de pouvoir enfin construire des cabanes où jouer tranquille avec leur PSP, ce projet, qui ne porte pas encore de nom, et d’après les calculs de nos trois jardiniers post-atomiques, représente de nombreux avantages. Les arbres en question absorberaient « presque autant de carbone que l'humanité en produit aujourd'hui » (soit huit milliards de tonnes) ; la température des régions concernées chuterait de « 4 à 8°C » ; cette « couverture végétale » génèrerait « entre 700 et 1 200 millimètres de pluie par an » ; le bois pourrait être « exploité de manière durable », par exemple dans des chaudières à bois. De quoi provoquer des insomnies au Syndicat d’initiatives des bocages Normands. Mais pour leur éviter les somnifères, et parce que l’écosystème est très pointilleux dans ses règlements, cette « humidité » soudaine, aux dires mêmes de ses auteurs, poserait quelques problèmes annexes. D’abord parce qu’elle pourrait « être appréciée des criquets, dont les migrations massives deviendraient encore plus dévastatrices », et ensuite parce qu’elle diminuerait violemment la quantité d’engrais naturel généré par le sable saharien (riche en fer), « qui aujourd'hui, emporté par le vent depuis le sol sec, va enrichir les eaux de l'océan Atlantique au grand bénéfice du plancton végétal ». Car le plancton aussi a le droit de prendre des vacances à la mer. Quant aux deux mille milliards de dollars par an nécessaires, il suffira d’en parler aux traders de la planète, qui se feront un plaisir de travailler deux ou trois heures par semaine pour préserver l’avenir de leurs stock-options.

Complètement fédés

BrogenAverill.jpg(Photo : Brogen Averill)

En France, la « Fédération » est au Sport ce que l’« Église » est au Catholicisme, à savoir un modèle organisationnel indiscutable, basé sur une hiérarchie pyramidale – du haut vers le bas. Elle a pour vocation « la réunion d'autres associations de moindre taille, généralement des clubs sportifs individuels ou des ligues régionales » (Wikipedia). Mais la « Fédération » a également pour mission de développer le sport qu’elle soutient. Ainsi, afin de « renforcer sa notoriété de marque et d'optimiser les recettes générées par les produits dérivés » (maillots, shorts, chaussures, sacs, casquettes, robes du soir que sais-je encore…), la Fédération Française de Rugby (FFR) lance, officiellement le 24 septembre prochain, un programme de licences commerciales avec une trentaine de sociétés privées. Parallèlement, la FFR, 9ème au classement national des fédérations sportives, ambitionne de construire un stade rien qu’à elle, par le biais d’un contrat de « naming » avec un partenaire – qui donnerait donc son nom au bâtiment. Deux projets très commerciaux que la FFR assume en se disant fidèle à « sa volonté de développement et de promotion du rugby ». Car si la FFR ignore le montant des retombées financières de ses produits dérivés, elle s’est engagée à reverser « une partie des bénéfices dans la promotion et le soutien d’opérations fédérales autour de la sécurité, la formation et la détection des joueurs ». Le cas de la FFR s’avère symptomatique des fédérations françaises. Pour vivre il ne faut pas survivre en apnée, il faut se donner les moyens de respirer. En l’occurrence, trouver l’argent où il se trouve, c’est-à-dire à l’extérieur de sa propre organisation – les revenus « intérieurs » d’une fédération ne servant qu’à faire fonctionner la machine. Ce modèle économique, qualifions-le de « libéral », certains catholiques pratiquants diront « mécréant », semble alors devenir le seul schéma possible. Depuis longtemps les clubs amateurs de football, par exemple, profitent d’une part, certes modeste, des royalties issues de l’investissement massif de fonds privés. Ce qui pose le problème de l’autonomie des Fédérations, dépendantes de ses « clients ». TF1 et Canal+ décident des dates de championnat – dont les matchs phares sont joués à 21h00. Un autre exemple, plus politique, celui de Patrice Dominguez, Directeur Technique National de la Fédération Française de Tennis (seconde fédération nationale après le football), licencié le mois dernier pour avoir émis quelque avis contraire à ceux du « Team Lagardère », très influent au sein de la FFT. Un système qui connaît donc ses limites. Quant à la Fédération Française d’Équitation, médaille de bronze des fédérations hexagonales, qui elle-même a limogé cette année l’un de ses plus emblématiques entraîneurs, elle préfère, au prétexte d’une médiatisation insuffisante, ne pas aller se perdre dans les méandres de l’économie mixte pour se cantonner au développement de ses « clubs ». Clubs quasiment tous privés et tous dédiés aux enfants, donc au portefeuille de leurs parents – quitte à laisser gronder la plupart des cavaliers adultes, qui doivent se débrouiller seuls pour assouvir une passion pour le moins onéreuse dès qu’on a franchi le cap du galop 1. Aussi, de ce déséquilibre flagrant naît, ce qui paraît logique (notamment dans les disciplines impraticables en « club », au premier rang desquelles l’endurance), l’idée d’un « circuit parallèle » organisé par une ou plusieurs sources financières moins sectaires. Bien que Jack Bégaud, éminence grise de l’endurance, voie dans cette rumeur une simple « désinformation ». Mais qu’importe la rumeur. La question à se poser serait plutôt de savoir si une telle évolution de l’équitation vers le privé va, ou irait, dans le sens du « développement » d’un sport qui attire potentiellement vingt millions de Français. Sans doute son application poserait-elle des problèmes – juridiques, techniques, diplomatiques, même. En attendant, soulevons la question sous un angle philosophique. Faut-il développer une FFE « libérale » en quête d’une identité forte et de moyens à la hauteur de ses ambitions, ou faut-il développer l’équitation nationale en dehors (ou en parallèle) de sa Fédération grâce à des fonds « extérieurs » ? Vous avez le droit de réfléchir avant de répondre…

Barre Ouest

BrunoSassarone.jpg(Photo : Bruno Sassarone)

Comme vous le savez à moins d’être coincé dans un ascenseur depuis huit semaines auquel cas ne paniquez pas les pompiers sont en route, dimanche prochain, le 20 septembre, le Monde trottera comme un seul Homme derrière la « Journée du Cheval » – 24 heures pendant lesquelles toute infrastructure pouvant recevoir un équidé sera open bar. Partout, des crinières et des sabots. Et, bien entendu, des concours. Dont le CSO Pro 1 de Rennes – je traduis pour nos amis coincés dans l’ascenseur qui ont perdu quelques neurones à force de sucer le noyau de l’unique olive qu’ils avaient à manger début juillet : c’est un concours de saut, donc, à Rennes, avec des barres assez hautes qu’il faut sauter par-dessus avec un cheval hyper entraîné. Mais attendez, j’entends la sirène des pompiers tout va bien se passer… Pourquoi parler ici, parmi les millions d’événements organisés dimanche, de ce CSO-là ? Parce que son parcours est dessiné par deux jeunes garçons, Julien Lavarec et Julien Renimel, que je propose ici dans un réflexe de développement durable afin de ne pas noircir trop de bande passante d’appeler JuJu, dont c’est, en la matière, le baptême du feu. Certes, les deux garçons gravitent dans le milieu équin depuis le premier Tarantino, mais créer son premier « décor » pour cette épreuve d’une envergure certaine, même si ce n’est pas Badminton, le tout devant quinze mille spectateurs boostés par la récente victoire de Kevin Staut au Championnat d’Europe de la discipline, nécessite une confiance en béton armé. Ainsi que l’appui des meilleurs cavaliers – en l’occurrence Michel Hécart, Patrice Delaveau, Bruno Broucqsault, Christian Hermon, Bruno Rocuet et Jean Le Monze. Bref, une première pour JuJu, qui méritent toute notre attention. Ah, une mauvaise nouvelle, ce n’était pas les pompiers que j’entendais, mais la caravane de Désirs d’Avenir qui annonce un nouveau site Internet. Un point positif néanmoins, vous n’avez pas de connexion web dans votre ascenseur…

Le saut du kangourou albinos

GreggSegal2.jpg(Photo : Gregg Segal)

Le rapport avec l’équitation saute aux yeux. Dans son blog Sport Addict, Stéphane Diagana, ex-coureur de fond qui garde la forme, soulève avec brio l’épineux problème de la place des sportifs « différents » dans le Monde des athlètes. Partant des cas très spéciaux de deux Africains du Sud, un handicapé suréquipé en jambes de titane et une femme très virile pour ses jupons, Stéphane pose une question des plus captivantes : pourquoi, dans la mesure où ses performances égalent celles des meilleurs (naturellement ou à l’aide d’une technologie corrective), un sportif déclaré « différent » ne peut-il pas participer à une compétition ouverte à ceux qui ne le sont pas – qui deviennent alors à leur tour une catégorie spécifique ? Appliquée à l’équitation, la question ne concerne pas les femmes, qui participent aux mêmes concours que les hommes – sauf au Horse Ball, sans doute à cause de l’absence de vestiaires mixtes. Par contre, le fait qu’un handicapé, au prétexte qu’il lui manque un bras par exemple (sachant par ailleurs que la perte d’un doigt équivaut dans le monde du travail à un statut particulier – où commence le handicap, donc ?), ne puisse prendre part à une compétition valide ne repose sur aucune logique si le cavalier réussit à sauter deux mètres dix. Et que dire si ce cavalier-là devient champion du Monde grâce à un bras bionique ? Pas grand-chose, si le règlement ne prévoit rien de semblable – dans le cas des maillots en « peau de requin » des nageurs, la loi s’est contentée d’« interdire ». Pourtant, il ne suffit pas de reculer pour mieux sauter…

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