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27.11.2009

Trophée clochette

PerZennstroem.jpg(Photo : Per Zennstroem)

Mercredi soir avait lieu, dans une salle immaculée du Sénat, la quatrième édition des Trophées Astley. De quoi s’agit-il, vous demandez-vous, tremblant d’émotion devant une si lapidaire  introduction ? « L’Académie Astley, créée en 2005 par Odile Reynaud et Jean-Charles Bourdier en partenariat avec la Fédération Française d’Équitation, récompense ceux qui ont marqué l’année par leurs résultats, leurs initiatives et leur investissement dans le développement et la diffusion de la culture équestre, principalement le Dressage […] – tronc commun de toutes les disciplines. Son ambition est de redonner au Dressage en France cette place primordiale qui fut la sienne pendant plusieurs siècles. » Et qui est donc cet Astley, vous demandez-vous maintenant, vibrant d’une impatience fébrile ? « Philip Astley est le célèbre écuyer anglais qui fonda au XVIIIème siècle le cirque moderne en donnant une place prépondérante au Dressage équestre dans son spectacle. » Sauf que Philip avait choisi Paris pour se produire et son aventure prit fin en 1789, qui s’avéra en France une très mauvaise année pour les têtes de file. D’où, peut-être, le choix symbolique du Sénat pour remettre ses Trophées. Ainsi, probablement, que le parrainage de Pénélope Fillon, épouse de François. Mais ce sont Odile Reynaud, Présidente de « l'Académie », et le Colonel Loïc de la Porte du Theil, ancien Écuyer en Chef du Cadre Noir de Saumur, qui animaient la soirée. Au programme, dix Trophées – naisseur, propriétaire Espoir, propriétaire Élite, entraîneur, organisateur, juge, couple Espoir, couple Élite, cavalier Handisport (une nouveauté), et un prix « Cheval Culture ». Et c’est ce dernier qui, d’après les commentaires, a posé le plus de problèmes aux « Académiciens », qui devaient choisir entre trois « nominés » : le journal L’Éperon, France 3 Région et le blog de la Cavalière masquée. D’où l’incomparable densité du suspens qui, au moment d’ouvrir l’enveloppe, s’empara de la centaine de spectateurs.

« Et le Trophée Cheval Culture 2009 est attribué à : la Cavalière masquée. » Court instant de surprise dans l’assistance, dont peu de membres connaissent l’existence de ce blog – d’une forme très esthétique mais d’un principe simple, celui de présenter toute campagne publicitaire qui met en scène un équidé. D’autant plus que c’est la première fois qu’un support dématérialisé se voit ici récompensé. Mais rapidement les applaudissements couvrent les pas décidés de la blogueuse démasquée, qui revient tout aussi rapidement avec son prix, matérialisé par une « sculpture symbolisant la fusion entre le Cheval et l’Homme » créée par Paul Flickinger. Un bloc d’ambre de trois kilos deux. Plus un magnum de Trésor, vin de Saumur appellation contrôlée de la maison Bouvet Ladubay – celle-là même qui remplissait dernièrement à Berlin les coupes qui fêtaient les vingt ans de la chute de son mur doit-on y voir un symbole de plus ? Avouons-le, assister en ces lieux chargés d’histoire et de République à la célébration d’un blog, ici dans cette pièce entièrement nue à l’exception de la statue grandeur nature d’un tribun en toge blanchie par des lustres étincelant de leurs ampoules basse fréquence 3000 watts, impose deux réflexions. La première est d’ordre culturel. Dorénavant le web représente un support intellectuellement équivalent au papier, à la télé, à la radio ou au télégramme poste restante. Dorénavant, la culture équestre peut s’exprimer à travers tout cavalier, voire tout individu à condition, bien sûr, qu’il soit suffisamment consciencieux pour savoir dire ce qu’il veut dire. Dorénavant, la photo – et en l’occurrence l’image publicitaire – joue, au sein du monde de l’équitation, le rôle d’un vecteur de connaissance et de sympathie. La seconde réflexion concerne l’identité des « Académiciens », que souvent l’âge et le costume trois pièces relèguent d’emblée à l’ère pompidolienne. Pourtant il n’en est rien. Si, à l’instar des sénateurs, ils mènent un train qui se rapproche davantage du TGV en panne que du RER en grève, rien de la vie ne leur échappe. Pour eux la modernité n’est pas une mode, et la mode n’est pas inéluctablement moderne.

Mais qu’il s’agisse des « Académiciens Astley » ou de membres de la « Section Cheval » du Sénat, fort bien représentée ce soir-là, il s’avère possible de lire à travers leur sage identité celle du dressage, dont certains, comme la Princesse Haya, présidente de la FEI, doutent de la popularité actuelle. Ce en quoi ils n’ont pas totalement tort car le spectacle du dressage, discipline équestre le plus en connexion avec la tradition et la technique, nécessite un regard d’expert. Comme l’opéra, le ballet classique ou Sylvie Vartan. Or les experts se trouvent sur les chevaux, et non pas devant eux. En élisant un blog, en créant un prix Handisport, en récompensant de jeunes espoirs, ces Trophées présentent un pan du dressage susceptible de plaire à un public qui n’a pas besoin de tout connaître pour apprécier – qui parmi nous, tandis que nous poussons avec les joueurs devant notre écran, connaît parfaitement les règles du rugby ? De ce travail séculaire et, ne l’oublions pas, militaire, les membres de l’Académie souhaitent visiblement créer une discipline plus ouverte, mais néanmoins toujours circonscrite à une méthode, à des règles. Faire évoluer la culture ne signifie pas l’effacer. Une dynamique raisonnée du dressage que Philippe Demaegdt, Président du Comité Régional d’Equitation de Normandie, applique à l’équitation en général. « Il y a vingt ans les cavaliers d’endurance montaient globalement mal. Aujourd’hui, leurs enfants sont de bons cavaliers. » Le dressage serait-il en passe de redevenir la base de l’équitation, une école – et une école supportable ? Après tout, au regard des nombreux témoignages d’une pédagogie défaillante, voire pénible, dans les clubs qui apprennent à sauter, la possibilité d’un autre apprentissage devient attrayante. Et rien n’empêche de se mettre au CSO après, sans pour autant devoir attendre le Galop 19 option piaffer. D’ailleurs, mais sans doute est-ce un hasard, se tenait, en même temps exactement que les Trophées Astley, mais à l’Assemblée nationale cette fois, un « cocktail » en l’honneur de Kévin Staut (champion d’Europe de CSO) qui le mérite. Là, de nombreux députés, dont Jacques Myard, président du « Groupe Cheval » de l’Assemblée, et Serge Lecomte, président de la FFE, qui à l’origine devait se rendre au Sénat. De quoi focaliser sur une éventuelle concurrence entre les deux disciplines. Ce qui ne présagerait rien de bon pour l’équitation, qui a besoin pour exister de rester une entité liée au cheval, et non pas à une discipline en particulier – même si celle-ci se montre plus rentable qu’une autre. Heureusement, pour être votée une loi doit l’être à la fois par l’Assemblée nationale et par le Sénat.

Le palmarès complet.
« Astley du Naisseur » : Myriam Victor-Thomas pour Qwismel D’Hebecourt.
« Astley du Propriétaire Espoir » : Michel Guenard pour Mister Grand Champ.
« Astley du Propriétaire Élite » : Jacques Albeck pour Rossini 121.
« Astley de l’Entraîneur » : Bruno Lostria pour Jessica Hel.
« Astley de l’Organisateur » : les Écuries d’Auvers.
« Astley du Juge » : Jean Christophe Comet.
« Astley Cheval Culture » (donc) : Aurélie Savy pour le blog de la Cavalière masquée.
« Astley du Couple Espoir » : Alix Van Den Berghe et Othello.
« Astley du Couple Élite » : Stéphanie Collier et Twister.
« Astley Handisport » : Adib El Sarakbi.

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