14.12.2009
À l’orée Dubois
Depuis quelques jours le horseball français, que certains mécréants assimilent à une sorte de basket à cheval bien qu’il soit formellement interdit de faire rebondir le ballon par terre, relève d’un nouveau sélectionneur national. En effet, la Fédération Française d’Équitation (FFE) vient de relever de leurs fonctions Thomas Soubes (qui s’occupait jusqu’alors des équipes «féminines et mixtes») et Franck Reyne (qui pour sa part prenait en charge «l’équipe de France jeune»), pour nommer à leur poste Raphaël Dubois, ancien joueur et actuel cadre technique national, sous la tutelle de l’inévitable Pascal Dubois, directeur technique national. Or, si les horseballers français n’auront aucun mal à se souvenir du nom de leur nouveau sélectionneur, ils se posent une question légitime : pourquoi ? Écartant l’hypothèse d’une sanction liée aux résultats, plutôt très satisfaisants, des ex-sélectionneurs, la réponse à cette « réorganisation » serait plutôt liée à une « volonté : rapprocher de la FFE tous les aspects liés au horse-ball en ayant un interlocuteur unique pour l’ensemble de la discipline ». What else ? À l’heure des restructurations industrielles et des compressions de personnel qui en découlent, la FFE appliquerait consciencieusement les techniques économiques les plus pointues du moment. Sauf qu’il n’en est rien dans la mesure où le nouveau sélectionneur, d’après Pascal Dubois, «pourra se faire épauler d’un entraîneur lors des différents stages et championnats internationaux, s’il le juge utile». Ça tombe bien, l’année prochaine auront lieu les Championnats d’Europe Féminins et Jeunes. Les économies se feront donc à partir de 2011 – depuis les Pharaons les grands projets ont toujours eu besoin de temps…
Mais hormis le style managérial toujours très abrupt de la FFE, qui en quelques semaines a déjà écarté sans préavis Gilles Bertran de Balanda (du CSO) et Thierry Touzaint (du concours complet), cette « réorganisation » pose un autre problème – finement soulevé sur le blog HBall.info. « Vous n'avez pas l'impression qu'on est en train de mettre tous les oeufs dans le même panier ? La commission horseball fédérale n'ayant aucun pouvoir officiel, c'est le cadre technique national qui gère officiellement l'organisation des championnats et de l'arbitrage. Si en plus on lui donne les pleins pouvoirs sur les sélections nationales, il peut mener le horseball comme bon lui semble sans avoir de comptes à rendre aux horseballers. » Une analyse d’autant plus juste qu’elle concerne, donc, toutes les disciplines équestres – sauf peut-être le curling à poney, mais pour combien de temps ? Bien entendu, cette autocratie latente ne pose pas qu’un simple problème moral. « Tant que le cadre technique national sera compétent, tout ira probablement tant bien que mal... Mais si un jour, quelqu'un de moins performant se retrouve propulsé à ce poste, ça ira de mal en pis, du moins tant que la fédération ne se rendra compte de rien. Et vu l'attention que nous porte la direction de la FFE, je doute qu'elle se rende compte de quoi que ce soit avant qu'il ne soit trop tard... » Je crois avoir entendu ce discours, déjà, chez quelques cavaliers d’endurance. Ce qui suit aussi, d’ailleurs. « Alors que notre suprématie commence à vaciller, on nous désorganise. Tant mieux pour nos adversaires, mais je ne vois pas trop comment on va pouvoir survivre à long terme en confiant l'avenir du horseball à un seul homme, si bon soit-il... Vous ne sentez pas le malaise venir vous aussi ? »
En tout cas le vent tourner, oui. Celui d’une nouvelle stratégie d’entreprise : la FFE se recentre (quasi-officiellement depuis son Assemblée Générale de jeudi dernier au Salon du Cheval) plus que jamais autour des « clubs », assurant parallèlement une simple gestion du pôle compétition – moins rentable à court terme. Une stratégie logique au regard de la fonction naturelle de la fédération, en charge du développement public des activités et des infrastructures équestres. Mais une stratégie axée sur des objectifs privés de rentabilité optimale. Une stratégie gagnante qui a déjà fait ses preuves puisque cette année le nombre de nouveaux licenciés a battu un record : 50000. Une stratégie non contextuelle, donc, la diminution du nombre de cadres n’étant pas économique, mais politique dans l’optique d’un management toujours plus étroit. Et c’est là que le bât blesse, comme on dit chez les ânes. Car à l’heure du web 2.0 et des réseaux sociaux où la co-création commerciale prend le pas sur la traditionnelle loi de l’offre et de la demande, une approche entrepreneuriale aussi classique s’accorde mal d’une part avec l’uniformisation d’une offre, quelle qu’elle soit, et d’autre part avec une économie de loisirs qui devrait considérer des adeptes plutôt que des clients. Les cavaliers, qui montent pour le plaisir, pourraient très bien s’organiser seuls si l’offre équestre venait à leur déplaire, ou à devenir trop chère. Difficile, pour une entreprise, même monopolistique (EDF ou la Poste ont besoin de faire vivre leur offre pour exister), de ne pas ou plus satisfaire la principale composante de son public, en l’occurrence les cavaliers. La FFE, si elle a économiquement raison de se concentrer sur « l’offre clubs », une offre principalement pédagogique, ne doit pas politiquement se resserrer sur elle-même, et rester à l’écoute de toutes ses composantes. Dont la compétition, qui représente l’image et le devenir d’une équitation nationale dont le niveau garantit justement le renouvellement de ses adeptes. Freiner les ambitions par une administration contraignante et toute puissante menace à moyen terme les cavaliers français, qui n’ont pas tous la chance de s’appeler Kevin Staut ou Karim Laghouag. Aussi faudrait-il peut-être envisager une nouvelle structure, dédiée aux « sports équestres », qui ne sont pas forcément des loisirs, laissant à la fédération toute son énergie pour se concentrer sur sa mission première. Une structure indépendante qui, peu ou proue, correspondrait à l’actuel organe compétition de la fédération, FFE Compet. Dans ce cas, la FFE devrait alors accepter de sacrifier une source importante de profits – car le compétiteur (ou sa famille), qui paye cher son droit au sport, attend les meilleures conditions pour le pratiquer, et pour éventuellement y évoluer.
09:40 Publié dans Actualités | Lien permanent | Commentaires (4) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : horseball, sélectionneur horseball, ffe, th, omas soubes, franck reyne, raphael dubois, pascal dubois, championnat d'europe de horseball, gilles bertran de balanda









Trackbacks
Voici l'URL pour faire un trackback sur cette note : http://hyppoblog.blogscheval.net/trackback/3497
Commentaires
La question d'une ligue indépendante de horseball revient régulièrement dans les conversations, et il semble que la FFE pousse dans ce sens en se désintéressant du haut niveau.
Je n'avais jamais été vraiment partisan de cette solution, mais vu les derniers choix fédéraux, il va certainement falloir s'atteler à ce projet. Reste à savoir si tous les sports équestre s'auront d'organiser ensemble ou si chacun va faire sa tambouille dans son coin. L'expérience aurait tendance à prouver que c'est la seconde solution qui risque de l'emporter...
Ecrit par : Baskit | 14.12.2009
Cher / Chère Baskit, je crois savoir que les cavaliers d'endurance (du moins une partie) se sont rapprochés de ceux du CSO (du moins un certain nombre). L'idée n'étant pas, pour l'instant, de quitter la FFE, mais plutôt de se regrouper pour porter plus haut leur voix. J'aimerais dire "leurs voix", mais le système électif d'une fédération relève rarement du suffrage universel - un autre sujet à soulever...
Ecrit par : HyppoBlogueur | 14.12.2009
@HyppoBlogueur : Si les différentes disciplines arrivent à s'entraider, c'est une bonne nouvelle. Maintenant, j'ai peur que ce genre de mouvement n'attise quelques assoiffés de pouvoir et comme on le sait, il vaut mieux diviser pour mieux régner ;o)
En ce qui concerne le horseball, l'aspect sport collectif le différencie beaucoup des autres sport équestres d'un point de vue fonctionnement et structure, et ça risque d'être un frein à la collaboration...
PS : on dit "Cher Baskit" :o)
Ecrit par : Baskit | 14.12.2009
Cher Baskit, donc, n'ayant pratiqué aucun autre sport collectif que le tennis en double, et peut-être dix minutes de rugby dont j'ai perdu le souvenir après ma rencontre avec l'ailier d'en face, je ne peux pas dire. Par contre, d'évidence il est vrai que la gestion d'une équipe diffère de celle d'un couple (cavalier-cheval, je précise au cas où). Mais quoi qu'il en soit vous restez des cavaliers...
Quant aux assoiffés, on les reconnaît au fait qu'ils ont la langue qui gonfle (dixit Charles Aznavour dans "Un taxi pour Tobrouk"). Alors...
Ecrit par : HyppoBlogueur | 14.12.2009
Écrire un commentaire
NB : Les commentaires de ce blog sont modérés.