08.03.2010
Droit dans ses jarretières
(Photo : Jean-Baptiste Mondino)
Marquée d’une pierre blanche, notamment dans le Sud-Est où toute une génération de cigales découvre les joies du ski, cette journée internationale du droit des Femmes, la centième d’une série impulsée par des Européennes de tous poils (au premier rang desquelles une allemande, donc), se voit perturbée par une décision sans appel de plusieurs régies publicitaires concernant le dernier album de Damien Saez. Le musicien français, auteur des fameux Jeune et con ou encore de On n’a pas la thune, a en effet choisi d’illustrer son CD avec une photo du célébrissime Jean-Baptiste Mondino présentant une femme nue dans un caddie de supermarché – photo qui sert également de support de communication pour ses concerts au Zénith, les 5 et 6 juin prochains vous ne pourrez pas y aller puisque c’est le week-end du Raid Yvelines à Rambouillet dommage. Titre de l’album : J’accuse, en référence au grand Émile Zola qui, déjà au XIXème siècle, dénonçait avec raison l’absence d’un rayon casher dans les rayons de son épicerie habituelle. Un message que lesdites régies, à commencer par celle de la RATP, qui dernièrement refusait d’étaler sur ses murs une photo de Serge Gainsbourg au prétexte qu’il y fume, ont une fois de plus décidé d’interdire en raison d’une approche politiquement très incorrecte. Car elles voient dans cette image l’exploitation commerciale de la Femme, que justement vient dénoncer le photographe – et avec lui le chanteur. Une réaction qui pose une question : comment faire prendre conscience d’une réalité sans la montrer ? Comment, sans les montrer, lutter contre le travail des enfants, contre la maltraitance animale, contre la lèpre ? Une seule photo a le pouvoir de faire vomir toute une rame de métro – bien que ce ne soit pas le but du jeu, d’où l’obligation de ne pas (trop) choquer le public. Ici, régies publicitaires et supports (à l’exception notoire du journal Libération) démontrent leur propension à considérer les consommateurs comme des niais, incapables de prendre du recul. Ce qui s’avère très énervant, même pour les non-fans de Damien Saez… Que se passera-t-il quand nos « régisseurs » liront le dernier ouvrage d’Évelyne Pisier, Les droits des femmes (collection Dalloz), y découvrant qu’une loi, toujours en vigueur depuis 1800, interdit aux femmes, et particulièrement aux Parisiennes, de porter « tout autre pantalon que celui d'équitation » – et pour « prouver qu'il s'agit bien d'un costume d'équitation, la femme devra tenir à la main une cravache » ? Les régies publicitaires imposeront-elles alors la jupe, pas trop courte, sur toute campagne utilisant l’image (positivement correcte) d’une femme ? Ou, forcées de céder aux contraintes de la réalité, exigeront-elles la cravache dès qu’il y pantalon ? Auquel cas il faudra également interdire les pantalons de cuir, matière qui risquerait de conférer à cet accessoire un rôle des plus connoté depuis le premier vinyle des Village People… Peut-être devrions-nous réfléchir à une journée du pantalon, donc de l’équitation, donc des cavaliers, donc des cavalières, donc des chevaux. Ou, plus globalement, à une journée du Droit.
À noter, en ce jour XX, plusieurs événements délicatement pointus.
Le dixième anniversaire du magazine Femme Cheval Passion, qui comme son nom l’indique traite avec passion des femmes de cheval, qui laissent néanmoins entrer quelques hommes dans leur club.
La création d’un « réseau social 100% féminin », Femibook, sorte de Facebook centré sur le beau sexe. Le mien y étant interdit de séjour, je ne peux pas en dire davantage.
Une série de documentaires sur Equidia. Des femmes dans la course, de Christine Stromboni, portrait de trois driveuses de trot. Les amazones du polo, de Nina Barbier, qui présente Lia Salvo, la Maradona de la discipline. Mémoires de sable (Peignoir Prod.), à la rencontre de chevaux retournés à l’état sauvage sur Sable, une île aussi venteuse du Canada enneigé. Enfin, Le cheval au féminin, de Valérie Perrey, qui pose un regard féminin (what else ?) sur l’équitation actuelle à travers les témoignages de femmes de cheval, intellectuelles, responsables institutionnelles, cavalières – dont quelques figures de l’endurance, comme Morgane Payen ou Cécile Demierre.
17:52 Publié dans Communication | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : journée des droits des femmes, centenaire journée droits des femmes, damien saez, photo interdite damien saez, jean-baptiste mondino, j'accuse damien saez, évelyne pisier, femme cheval passion, femibook, programme equidia, christine stromboni, nina barbier, valérie perrey








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Commentaires
Beaucoup d'humour vaut mieux que discours sur ces sujets.
Bravo pour tous ces billets qui eclairent notre monde du cheval d'une couleur sympathique.
Ecrit par : Passemard | 08.03.2010
Cher Pierre (j'ai des espions à l'état civil), merci pour vos encouragements colorés.
Ecrit par : HyppoBlogueur | 08.03.2010
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