29.03.2011
Sous la paille
Le prix du mètre carré dans les boxes risque d’augmenter furieusement. En effet, d’après lemoniteur.fr, « la commission Prévention produits de l’Agence qualité construction [qui visiblement ne porte pas de petit nom] est en train d’examiner les règles professionnelles pour l’utilisation en construction de bottes de paille ». Oui, des bâtiments de paille – comme celle de Nouf-Nouf le cochon. Et la validation de la fameuse Agence « pourrait arriver à la fin du printemps », marquant ainsi « une étape importante dans la professionnalisation et l’assurabilité de la filière paille ». Oui, la paille s’assurabilise. Parce que, justement, Nouf-Nouf a traumatisé une génération qui depuis nage dans le béton… Et pour Luc Floissac, chercheur à l’École nationale supérieure d’architecture de Toulouse, tout le problème est là, dans ce scepticisme général quant aux capacités de la paille à constituer un abri suffisamment solide pour nous protéger du grand méchant loup. « Par prudence vis-à-vis des mentalités, il faut avancer progressivement. L’existence de règles professionnelles est déjà un grand chamboulement pour le monde du bâtiment. » Notamment chez les fabricants de ciment. Mais pour les particuliers que nous sommes, le premier point à traiter, en termes d’image, c’était bien entendu l’incendie. Paille égale feu de paille… Pourtant, après un test chaud bouillant les architectes ont démontré « qu’une façade en R+2 de type rideau dont l’ossature et les remplissages sont constitués essentiellement des matériaux bois et paille satisfaisait le règlement de sécurité contre l’incendie, relatif aux établissements recevant du public ». En d’autres termes, vous pouvez flamber une crêpe Suzette dans votre cuisine en paille. Même au deuxième étage puisqu’un tel bâtiment ne dépassera jamais huit mètres – ce qui « correspond tout simplement à la hauteur d’une échelle de pompiers ». Pense à tout, M. Floissac… Mais une maison pareille de deux étages va s’écrouler comme un fétu de paille, pensez-vous en revoyant le malheureux Nouf-Nouf, nu sous une pluie de postillons du loup souffleur. Et bien non. Car le règlement veille, et il a fallu réaliser « des essais en charge sur des échantillons d’une surface de 4x5cm en leur faisant supporter le poids d’une bouteille d’eau de 2 litres durant 30 secondes (soit l’équivalent d’une résistance à l’arrachement d’une tonne par mètre carré d’enduit) ». Difficile de faire plus technique comme test – du moins avec une simple bouteille d’eau… Un règlement qui prévoit même « les qualités minimales que doivent posséder les bottes de paille et les ficelles qui les lient ». Et puisque « les agriculteurs ont l’habitude de respecter les cahiers des charges de l’agroalimentaire, ils n’auront donc aucun mal avec celui de la construction ». Car les agriculteurs voient du meilleur œil ce débouché-là. D’autant que la paille, si elle revient au même prix qu’un autre matériau (certes moins marqué par la littérature pour la jeunesse), elle « devance certainement tous ses concurrents sur le plan environnemental ». Et là, M. Floissac ne rigole plus… « Filière renouvelable, sèche et locale, ne nécessitant qu’un conditionnement très rudimentaire, la paille comme matériau de construction présente certainement l’énergie grise la plus faible de tous les isolants. » Mais il y a encore plus fort – Nouf-Nouf n’était pas la moitié d’un ingénieur : la paille résiste mieux aux rongeurs « que beaucoup d’autres isolants ». Et un « essai sur l’appétence vis-à-vis des termites » (la science n’a pas de limite) a démontré que la paille représente pour elles un aliment « insuffisant du point de vue nutritif ». Un peu comme pour nos chevaux, qui pourraient donc habiter avec nous. Ou pas. De toute façon nous avons encore le temps de réfléchir à la question, car « le chemin est encore long pour que la tige de céréale passe d’une image de déchet agricole à celui de matériau de construction ». Des « déchets agricoles » malgré tout indispensables aux cavaliers, qui n’ont aucune envie de se retrouver sans la paille, vu le prix du lino.
09:00 Publié dans Actualités | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : constructions en paille, maisons en paille, batiments en paille, agence qualité construction, boxes en paille, luc froissac, école d'architecture toulouse, paille comme materiau de construction, énergie grise, paille et rongeurs, paille et termites







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