Formation_cavalier_jeunes_chevaux_728x90
blogs cheval
Blogscheval.net vous est proposé par les Haras nationaux

10.05.2011

Les sept Cavalières

JamesDignan.jpg(Illustration : James Dignan)

Sept. Elles étaient sept, mes cavalières. Qu’il a d’abord fallu hisser jusqu’à Obersteinbach (nous sommes en Alsace donc vous prononcez comme vous pouvez). Objectif : faire découvrir, bien que cumulant à elles toutes un Galop 50, l’Endurance équestre aux filles du Haras de la Bleiche, et les qualifier sur vingt kilomètres avec les chevaux du bord – deux Arabes (de compétition mais légèrement déconcentrés par une année de choucroute), un Mérens (entraîné au footing), une Fjord (nerveuse mais toujours bien coiffée), une Anglo soyeuse, une Espagnole joueuse et une Pie généreuse. Première constatation, gérer sept couples, dans la mesure où ils doivent partir ensemble, demande beaucoup de diplomatie. Avec la secrétaire du concours d’abord, qui, parce qu’il y a foule devant son bureau, doit se dépêcher de trouver sept lignes sur un listing froissé, sept dossiers (dont deux « sous x », pour corser l’exercice), et sept dossards aux numéros forcément aléatoires. Avec les vétérinaires ensuite, qu’il faut bloquer une demi-heure durant pour le trotting initial, tandis que les cavaliers de la 90Km attendent, pour repartir sur une dernière boucle, leur tour en s’énervant – à juste titre, mais la vie est une jungle. Auprès de la « dame de la buvette » aussi, qui doit séparer les sucrés des cafés courts, les croissants des bretzels (en Français dans le texte), et dégotter deux caisses de Coca light. Et, enfin, avec le responsable du chronométrage qui, malgré un système informatique développé spécialement pour les courses à «vitesse contrôlée» (système développé par la société ATRM que nous envierait la NASA si on pouvait monter à cheval dans la station Mir), doit imprimer sept étiquettes, les coller sur le bon carnet et les valider sur écran, le tout en moins de six secondes histoire de pouvoir partir à onze heures zéro zéro. Sachant que, pendant ce temps-là, la Fjord décidait d’aller seule visiter l’écurie de nos hôtes. Départ retardé de cinq minutes donc, compliquant d’autant le calcul d’une vitesse moyenne qui, je le rappelle, doit impérativement se tenir entre 12 et 15Km/h sous peine d’être privé de Crémant à la fin. Aussi décidais-je de confier la maîtrise du temps à mon « assistant volontaire », par ailleurs en charge de la fraîcheur du rosé. Dès nos cavalières disparues, nous courons jusqu’au pick-up, drivé par une seconde assistante, tout aussi volontaire mais en lunettes Gucci. Et nous voilà partis tous les trois dans la poussière des Vosges, au milieu de yaks aux dreadlocks millénaires et des fantômes de loups… Arrivés au premier point d’assistance, miraculeusement rejoints par des renforts armés d’une Mercedes option frigo pour le champagne, nous remplissons les seaux, préparons les bouteilles et répartissons les tâches – le Maître du temps, Miss Gucci et M. Champagne s’occuperont de faire boire les chevaux, Denise et moi-même distribuerons les bouteilles. Tout se passe bien donc, à ceci près qu’aucun « cibiste » ne sait à quel endroit du parcours nous nous trouvons. Aussi je décide d’estimer à la louche la vitesse moyenne des filles par un savant calcul s’appuyant sur l’hypoténuse du ratio distance temps divisé par deux fois la force du vent. Ce qui ne m’empêche pas de retrouver le tire-bouchon dans la voiture, au milieu d’une pile de sacs à main… Mais comme le temps court à la vitesse du Mont Saint-Michel, pourtant à mille lieues de là, nous devons tout arrêter après la première gorgée de rosé, nos chevaux traversant déjà la route au galop, devant des motards du dimanche ébahis par tant d’animation au beau milieu du virage. Comme prévu, personne ne boit – du moins les chevaux car ces dames descendent d’un trait les 27 bouteilles de Carola judicieusement embarquées dans le frigo Mercedes la technologie allemande a bien du bon. Et les voilà reparties, transpirantes mais réjouies, silhouettes légères au milieu d’un chemin blanchi de lumière… Ranger les bouteilles, charger les seaux, vider les verres, et nous-mêmes prenons dare-dare la route du second point d’assistance, au sommet de la montagne. À mi-chemin je suggère néanmoins à Miss Gucci, focalisée sur la colonie de Porsche vintage qui nous croise dans les lacets, de passer la troisième, sachant que les derniers kilomètres d’une course s’avèrent toujours plus courts que les autres. En effet, avant même le second bouchon de rosé, ils arrivaient. Et dix seaux plus tard, ils repartaient. Restait maintenant à contrôler leur vitesse moyenne finale, et à gérer au mieux la seconde phase diplomatique de la journée : l’accès à l’eau une fois franchie la ligne d’arrivée. En d’autres termes, comment squatter pendant une demi-heure l’unique tuyau de l’écurie ? De retour à Obersteinbach je maculais donc mon visage de boue noire tel un guerrier Sioux et me ruais sur le jet d’eau, tandis que Miss Gucci courait aux toilettes remplir une palette de bouteilles vides. De son côté, le Maître du temps avait pour mission d’attendre les sept cavalières à l’embouchure de la dernière ligne droite, et de les retenir en cas de besoin. 1h22 après leur départ, mes cavalières passaient la ligne dans l’autre sens – à deux doigts des 15Km/h de moyenne. Discrètement, je m’épongeai le front… Déseller, arroser, faire boire, marcher, contrôler fers et cardiaques, attendre les trente minutes réglementaires, renégocier avec la vétérinaire sept contrôles à la suite, expliquer la situation aux autres cavaliers, récupérer les dossards, retrouver les carnets dans un carton… Et, enfin, le Graal, le but ultime de cette journée inoubliable, un sandwich saucisse blanche moutarde à l’ombre d’une tonnelle. Plus, bien sûr, la satisfaction de voir mes filles qualifiées pour une 40Km – mais un problème à la fois. Un dernier détail, nous sommes repartis avec la première place (et un bloc de vingt kilos de sel).
Bravo les filles, merci au centre équestre d’Obersteinbach pour son accueil, et (surtout) merci aux cavaliers pour leur patience au vet…

Trackbacks

Voici l'URL pour faire un trackback sur cette note : http://hyppoblog.blogscheval.net/trackback/53017

Commentaires

Ah ben c'est du propre maintenant j'ai envie de refaire de l'endurance :D

En tout cas cet article m'a fait repenser aux bons moments vécu dans ce monde de "fous" (moins maintenant surement mais à l'époque ou j'en faisait c'était vraiment des fous).
D'ailleurs à l'époque c'était 1H32 les 20 km... mais bon on arrivait toujours avant sur ces petites distances et on marchait les chevaux avant de passer la ligne d'arrivée... chut... :D

Écrit par : Babs | 11.05.2011

Chère Babs promis, je ne dirai rien...

Écrit par : HyppoBlogueur | 11.05.2011

Quel beau récit ! L'année prochaine, nous briefons les radios-amateurs afin qu'ils sachent où ils sont sur la carte ! Et mettrons en route un deuxième voire troisième point d'eau.

Écrit par : Hofmans | 12.05.2011

Cher Johan, merci d'avance. Par contre ne changez rien à votre parcours (technique et varié je cite une de "mes" filles), vos saucisses blanches, votre tonnelle et vos yaourts "maison"...

Écrit par : HyppoBlogueur | 12.05.2011

Encore un grand Merci à notre coach, Miss Gucci, Denise, le Maître du temps et M. Champagne ! Vous avez été FORMIDABLES ! Cette journée restera mémorable ! Personne n'avait encore réussi à me trainer sur un concours mais vous y êtes arrivés et je ne le regrette vraiment pas.
Et grace à cette journée, je ne me sentirais plus ridicule quand je fais des nattes à la crinière de ma jument (je pense être la seule à le faire !)

Écrit par : la 7eme cavalière | 13.05.2011

Chère 7ème cavalière, ce fut un plaisir. Quant à vos nattes, nous en reparlerons un matin, vers 4H30, avant le départ d'une 120Km...

Écrit par : HyppoBlogueur | 13.05.2011

Ahhh ces narrations de l'inénarrable par l'as de la verve et du verbe m'enchantent ... Merci encore cher Inspiré !

Écrit par : breucq | 16.05.2011

Je rougis – en attendant de pouvoir expirer…

Écrit par : HyppoBlogueur | 16.05.2011

Écrire un commentaire

NB : Les commentaires de ce blog sont modérés.