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13/12/2011

Kata pour Serge Lecomte

Phil stern

(Photo : Phil Stern)

Comme le fait remarquer Xavier Libbrecht, rédacteur en chef emblématique du magazine L’Éperon, « ce rebondissement n’a même pas fait l’objet d’une simple mention – ni de la part du Président, ni de la salle – lors de l’Assemblée Générale de la Fédération, qui s’est tenue ce jeudi 8 décembre 2011 au Salon du Cheval ». De quoi parle-t-il ? D’une information passée plus inaperçue que l’élection de Miss Roquefort, pourtant délicieuse : le « renvoi » de Serge Lecomte (président de la Fédération Française d’Équitation – FFE), par la section financière et commerciale du parquet de Paris, devant le tribunal correctionnel pour « prise illégale d’intérêts ». La justice reproche à M. Lecomte d’avoir « financé, à hauteur de 2 600 000 euros, le Groupement Hippique National (GHN) […], sorte de syndicat des Clubs ». En revanche, précise Xavier Libbrecht dans son article sur le site Cavadeos, « les autres chefs d’accusation retenus à l’encontre de l’intéressé ont fait l’objet d’un non-lieu partiel ».

Le procureur Loïc Guérin, « au terme d’une instruction d’une petite demi-douzaine d’années et de la mise en examen de Serge Lecomte », se concentre donc sur l’essentiel – avis à la population : la phrase qui suit n’est pas des plus poétiques, mais s’avère indispensable à la compréhension du problème… Entre 2001 et 2006 M. Lecomte aurait « pris, reçu et conservé directement ou indirectement un intérêt quelconque dans une entreprise ou dans une opération dont il avait, au moment de l’acte, en tout ou partie, la charge d’assumer la surveillance, l’administration, la liquidation ou le paiement en l’espèce, en sa qualité de Vice-président puis de Président de la FFE, personne morale chargée d’une mission de service public, d’avoir participé à la décision qui a conduit à la signature d’une convention conduisant au versement par la FFE de la somme cumulée de 2 566 321€ au GHN, association de droit privé dont il était Président ». Et ça, c’est mal.

D’autant, ajoute Xavier Libbrecht, que « c’est par l’entremise du Groupement Hippique National, tout acquis à la FFE puisque financé avec son argent, que Serge Lecomte possède l’emprise que l’on sait sur les clubs dont on rappellera qu’ils procèdent désormais à l’élection du Comité directeur puis du Président ». Un « mélange des genres » qui représente une véritable « question de fond ». Le président d’une fédération nationale peut-il vider cette instance publique de son sens démocratique ? Or ça semble être le cas puisque, en l’occurrence, il s’agit d’organiser la maîtrise de ses élections depuis l’extérieur de la fédération – sans débat, sans électeur représentatif des licenciés (qui votent de fait par l’intermédiaire de leur club), et sans contrôle de l’État (en charge de toute fédération nationale) dans la mesure où celui-ci ne contrôle pas le GHN, simple Association Loi 1901. En d’autres termes, M. Lecomte aurait joué de sa fonction pour instaurer un système parallèle, illégal et préférentiel à même de garantir sa propre pérennité. Au-delà d’un chef d’accusation technique, la question juridique concerne un dysfonctionnement criant à la tête d’une entité publique. La « prise illégale d’intérêts » est d’abord ici d’ordre institutionnel, et relève de l’abus de confiance – ou de pouvoir. L’affaire se joue donc principalement sur le terrain politique.

Certes, cette affaire concernant une fédération sportive (aussi nationale et importante soit-elle – la troisième en France dans le cas qui nous occupe) s’avère modeste à l’échelle d’un gouvernement qui fouette actuellement des chats bien plus féroces. À ceci près que depuis quelque temps le ministre des Sports, David Douillet, se montre volontiers aux côtés de Serge Lecomte, président de la fédération en charge de l’image sportive du pays organisateur des prochains Jeux Équestres Mondiaux (JEM), que M. Douillet soutient de tout son poids, les considérant comme un tremplin national vers d’autres événements internationaux majeurs. Une boucle aussi serrée que fragile. Difficile pour un ministre de soutenir le président discrédité d’une fédération sportive dont il a – même plus ou moins – la charge. Ce serait une faute technique. Difficile aussi pour lui de laisser un président sous le coup d’une telle charge juridique représenter l’équitation française sur le plus grand rendez-vous mondial du secteur. Ce serait une faute politique. Difficile également de tourner le dos au problème, au risque d’entendre s’élever quelques voix graves parmi les 700 000 licenciés (quasiment tous inscrits en club) pour se plaindre d’une situation jugée anormale. Ce serait une faute médiatique.

Que faire, alors, dans l’hypothèse d’une condamnation de Serge Lecomte – ou, tout simplement, dans le cas d’une procédure judiciaire qui s’éterniserait ? Xavier Libbrecht évoque Christian Bîme, qui renonçait en 2009 à briguer un cinquième mandat à la tête de la Fédération Française de Tennis – suite, dixit Le Figaro, à son « renvoi devant le tribunal correctionnel de Paris pour prise illégale d’intérêts et abus de confiance ». Or M. Libbrecht rappelle que « les prochaines élections, à la FFE, auront probablement lieu entre décembre 2012 et mars 2013 ». Juste après les élections présidentielle et législatives, auxquelles David Douillet (ministre et député) reste très attaché. Juste après les Jeux Olympiques de Londres, où les instances sportives nationales (notamment équestres, donc) ont l’intention d’aller vendre leur talent d’organisation. Mais bien avant les Jeux Équestres Mondiaux de 2014… Un timing effectivement parfait offert à M. Douillet pour gérer la situation dans les meilleures conditions possibles : annonce rapide de sa non-candidature par M. Lecomte, élection d’un nouveau staff à la tête de la FFE, revalorisation de son système démocratique. Un scénario qui présenterait au moins trois intérêts. Le ministre, par une prise de position forte, profiterait de l’occasion pour dorer son blason des armoiries du « courage », concept actuellement très en vogue au sein de son parti. Et en attendant le verdict du procès, M. Douillet n’aurait pas à rougir d’un président de fédération qui assume ses responsabilités (a fortiori s’il s’avère à terme innocent) en prenant les devants dans le seul objectif de protéger les intérêts supérieurs de l’instance publique dont il a la charge – un argument que l’avocat de M. Lecomte saurait probablement mettre en avant. Enfin cette passation douce, à condition qu’elle s’effectue dans de bonnes conditions, se ferait sans la douleur d’une éventuelle crise qui pourrait peser sur la dynamique JEM, ce que personne ne souhaite. La politique, comme l’équitation, est une question d’équilibre.

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Commentaires

Un peu de transparence ne ferait pas de mal, ainsi qu'un peu de communication avec les licenciés...

Écrit par : Naï | 13/12/2011

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