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29/08/2013

Kevin Bost

Désolé, j’étais sur Twitter. Oui, depuis un an et demi.

Où en étions-nous, donc… Je réfléchis. Je réfléchis… Je… Ah, ça y est : nous en étions au même point. Les chevaux broutent, se laissent parfois seller, les cavaliers font de leur mieux, les entraîneurs font des prix, les éleveurs changent les piles de leur calculatrice, les propriétaires peaufinent leur anglais, les organisateurs prient les dieux, et les enfants, imperturbables, mercredisent dans les Clubs…

Pourtant, ce qui pourrait expliquer ces quelques lignes après ce long silence, un signal faible attire l’attention. Alors attention.

Comme vous le savez, Roger-Yves Bost, alias Bosty, pilier historique et intermittent de l’équipe de France, vient de remporter, seul face aux projecteurs, les Championnats d’Europe de saut d’obstacles. Or les nombreux commentateurs français, plutôt que de s’égosiller sur l’exploit, se sont globalement contenus en évoquant un résultat remarquable. Une réaction qui fait sens.

D’abord, cette médaille européenne n’est pas la première du Jumping tricolore. Comme le souligne le journal Le Monde, « Bost est le cinquième Français champion continental de CSO en individuel après Pierre Durand [sur son cinégénique Jappeloup], Eric Navet, Alexandra Ledermann et Kevin Staut ». Les qualités sportives de l’équitation hexagonale s’inscrivent dorénavant dans le temps, et la place prépondérante des cavaliers français dans la compétition internationale n’est plus une surprise – leur piètre prestation aux JO de Londres restant principalement liée à la faible implication des instances fédérales en charge d’organiser le haut niveau. Aujourd’hui en France, les médias placent l’équitation parmi les disciplines sportives importatrices de médailles.

Ensuite, à 47 ans, Roger-Yves Bost, « habituellement roi de la vitesse, […] a cette fois montré toute l’étendue de son savoir-faire ». Toujours pour Le Monde, cette victoire met donc en exergue les qualités intrinsèquement sportives du cavalier : état d’esprit, expérience, talent, opiniâtreté. Le cavalier est un sportif, celui-là est un sportif d’exception. Un sportif exceptionnel qui possède, en plus, une double qualité médiatiquement incomparable, celle de « la simplicité et de la bonne humeur », dont il est « l’incarnation ». C’est pourquoi Grand Prix Magazine voit en Bosty « un mec bien », tout simplement. Un homme clairvoyant – Il y a des jours comme ça, des jours où ça marche, où rien ne peut t’arriver. Car Bosty est béni, mais par les Hommes. Par les cavaliers, toutes nationalités confondues, qui, à voir les images du Webzine Tour d’honneur (26/08) du site Cavadeos, semblent « soulagés », heureux, même, de le voir, lui, sacré du titre européen. Par le sélectionneur national, Philippe Guerdat, très contemplatif de cette « simplicité » qui caractérise son champion – qu’il n’attendait pas forcément. Et, surtout, par le public, français notamment, qui voit en Bosty son héros, sans italiques.

Enfin, si Bosty vivait ces Championnats d’Europe 2013 comme un rêve, Kevin Staut, LE symbole actuel de l’équitation française, y vivait pour sa part un « cauchemar » en faisant perdre, ou en ne faisant pas gagner, son équipe. Et L’Equipe, le journal, a vu là une faiblesse, peut-être une finitude. Le sportif est faillible, le cavalier est donc un sportif capable de focaliser la critique médiatique. Kevin Staut, star en exercice, champion d’Europe 2009, en tête de la ranking list durant des mois, surmédiatisé (autant que puisse l’être un cavalier), égérie (mal exploitée) de la fédération, fait partie du sport. Parce que Kevin Staut, alias Kevin Staut, est un champion, un battant. Mais aussi un timide, ou un prudent, avec tous les travers visibles qui peuvent en découler. Et c’est d’ailleurs, quelque part, ce qu’on peut reprocher aujourd’hui au cavalier, comme l’explique son « pote » Christian Gerhard sur le blog Jumpinews. « Kevin est aussi déterminé qu’individualiste. S’il a tendance à oublier ses proches, c’est que le gars pense au présent et au futur, mais rarement au passé. Une forme d’amnésie volontaire qui lui permet d’aller de l’avant… » Kevin Staut, aussi adulé soit-il, et quelle que soit sa vraie personnalité, reste un héros intouchable.

Deux hommes, deux cavaliers, deux sportifs, deux trajectoires, deux héros très différents. Une carrière au long cours et une explosion médiatique. Un champion souriant et une star énigmatique. Un modèle et une idole. Et alors. Un héros est un héros. Mais la question n’est pas là (même après deux paragraphes sur le sujet). Car ces deux figures opposées pourraient surtout marquer une étape dans l’image de l’équitation, jusqu’alors monolithique. A Kevin Staut, cavalier de l’aristocratie, sportif lointain, vient s’ajouter Bosty, cavalier de la sueur, sportif humain. Avec le premier l’équitation marque son identité culturelle, avec le second elle devient un sport naturel. Avec toutes les nuances. Kevin Staut, référence moderne d’un public équitant en pleine mutation. Bosty, centaure sympathique pour un public universel. Deux vecteurs d’émotion. Et les médias, consciemment ou pas, se font l’écho de ce nouveau paradigme. A la dualité de la société correspond – enfin – une dualité tangible de l’équitation. L’occasion rêvée pour créer une identité multiforme à cette « marque équitation » que nous cherchons depuis si longtemps à définir. Une équitation à l’image de tous ses cavaliers mais aussi de tous ses publics. Et un pas, un vrai pas, vers sa « démocratisation », où rien n’est tout gris ou tout bai.

Commentaires

"Ces grands maîtres, avec leurs quelques mots, éclairent mieux le sentiment,en disent plus que des pages et des pages sorties de la plume..." Bon tout ça pour dire que c'est un réel plaisir de vous lire à nouveau.

Écrit par : lafon | 30/08/2013

Bon retour ! :)

Écrit par : breucq | 30/08/2013

ça c'est un vrai hommage ! avec le pari réussi de porter au pinacle deux champions sans que l'un fasse de l'ombre à l'autre...chapeau l'artiste !
Catherine

Écrit par : Mingat | 31/08/2013

Enfin.... ça faisait longtemps que nous attendions la réouverture du blog.
Ce silence était assourdissant...
bon courage....

Écrit par : raymond | 31/08/2013

Bosty, un cavalier effectivement sympathique et exceptionnel, image de la grande équitation depuis mes débuts débuts des années 90. Pourtant, Kevin Staut, c'est l'exemple de la réussite sans attaches préalables dans l'équitation, la preuve qu'avec du talent et beaucoup de travail, même sans une famille de cavaliers, il est possible de réussir. Une idée de plus en plus inconcevable aujourd'hui lorsqu'on regarde nos futurs grands équitants, presque tous fils ou filles de (cf les championnats children en juniors en cso de cet été). Sinon jolie plume, j'adore

Écrit par : carlly | 31/08/2013

Merci à vous qui êtes au-dessus et en-dessous de ces lignes. Je me sens moins seul... @carlly : La question, en l'occurrence, n'est pas la "lignée" de nos cavaliers, mais leurs différentes identités, susceptibles de dessiner différemment celle de l'équitation - dont certaines familles, certes, figurent depuis bien longtemps dans le Who's who...

Écrit par : HyppoBlog | 05/09/2013

enfin de retour SUPER !

Écrit par : ceercorse | 07/09/2013

ravi de retrouver votre plume sur ce même blog ! quel plaisir de vous lire à nouveau !

Écrit par : ph forget | 10/09/2013

Hey ! Ça fait du bien de te lire à nouveau. C'est long un an et demi, le temps de refaire ma salle de bain, mais pas encore de guérir de mon dos ! Très beau galop et à bientôt.

Écrit par : Line H. | 11/09/2013

@Line H : Et bien ces points de suspension auront au moins servi à ça, refaire ta salle de bain. Mais désolé pour le reste...

Écrit par : HyppoBlog | 11/09/2013

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