11.06.2008
Jour de tête
Ça y est, j’ai participé à ma première course internationale, ce week-end à Rambouillet – la CEI*** Raid Yvelines Bahreïn Cup. Rien que le nom renvoie Lucky Luke à son Galop 1. La CEI*** Raid Yvelines Bahreïn Cup, appelons-la RYBcup, c’est une centaine de cavaliers worldwide qui doivent parcourir, épreuve mondiale oblige, 160 kilomètres, le plus vite possible cela va sans dire, répartis sur six boucles (je vous laisse calculer la longueur de chacune – doit y avoir une calculatrice sur votre ordinateur) à travers une forêt pleine de charme, de daims et de croisements routiers. D’où les dizaines de gilets fluorescents que vous n’avez pas manqué de croiser en cherchant des champignons. Ah. On me dit que ce n’est pas la saison. Bon alors disons : en cherchant des edelweiss (ma conseillère en « choses de la vie » est suisse). Et bien figurez-vous que ces gilets fluo étaient, tous, des bénévoles venus aider les organisateurs de l’événement, l’association Enduro Cheval. Tout comme moi. À ceci près que j’ai réussi à échapper au fluo, vu que mes missions ne requéraient pas l’uniforme. Une course de cette ampleur, c’est d’abord une nuit blanche. Départ 5h30. J’avoue, je n’y étais pas, ma voiture refusant obstinément de démarrer avant 7h00 – les autos espagnoles dorment beaucoup, il faut le savoir. Premier vet gate vers 7h00. Je n’y étais pas j’en conviens, démarrant à 7 heures pile, il m’a fallu une heure trente pour rejoindre le point de rendez-vous (trente minutes de route et une heure de déroute, relative à mon non-sens absolu de l’orientation) : un château XIXème au milieu d’un nulle part très charmant. Un jambon beurre plus tard (sans bière, il était 8h30), les premiers cavaliers arrivaient, et j’intégrais l’armée, entièrement féminine, de distribution de tickets à l’entrée du vet gate. Me sentant rapidement inutile, ces dames assurant le boulot avec une élégance raffinée voire polyglotte, je décidai de m’éclipser pour étudier discrètement l’ambiance au passage vétérinaire. C’est là que tout se joue. Ici délimitée sur un parvis de gravier blanc, au grand dam de certains concurrents, l’aire vétérinaire doit rester la nef du temple. Les concurrents peuvent y entrer dès qu’ils estiment leur cheval apte au contrôle et, une fois à l’intérieur, munis d’un ticket correspondant à leur numéro de dossard, tentent d’y rester le moins de temps possible pour repartir le plus vite. Mais impossible de faire marche arrière : une fois à l’intérieur de l’aire, on ne peut pas en sortir sans avoir fait examiner son cheval. Le contrôle est sévère. On tâte on écoute on pince. Cardiaque pour la récupération. Gencives pour la circulation sanguine. Œil pour le fond de l’âme. Une petite dizaine de vétérinaires travaillent à la chaîne – ce qui les change de la longe… Puis, l’ultime épreuve, le trotting. Là, c’est tendu. Une boiterie, hormis d’évidence, s’avère difficile à observer, compliquée à démontrer, délicate à annoncer. D’où l’importance capitale de l’avant trotting. Marcher le cheval non stop, le calmer en chantant une berceuse moldave, lui couvrir les reins d’une couverture en mohair islandais, tout est bon. Une dizaine d’éliminés dès la seconde boucle. C’est décidément dur comme job, cheval d’endurance. Après briefing la bouche pleine (deuxième jambon beurre il est 10h00) des plus hautes instances d’Enduro Cheval, on m’envoie remplir la même mission à l’hippodrome de Rambouillet. Sur place, une seule envie, y faire un grand galop mais mon cheval boycotte les épreuves qui ne sont pas couvertes pas CNN. Frimeur ! Alors, entre deux ou trois tickets que mes congénères veulent bien me confier, je m’occupe. J’essaye une selle Forestier en nubuck sur un tréteau. Je discute chaussette avec une adepte du mauve. J’observe le démontage de la tente officielle (six cents mètres carrés avec jacuzzi) des Émirats Arabes Unis, contraints à l’abandon pour des raisons à éclaircir. Il est 15h00 les assistances arrivent, annonçant l’approche des cavaliers qui terminent leur cinquième boucle. L’espace se remplit. Et les bassines avec elles. Je m’accorde alors un petit plaisir, un rosette beurre cornichons. Là, le chef des bénévoles me tombe dessus. Je dois me rendre au plus vite maintenant non tu n’as pas le temps de finir ton sandwich tu peux l’emmener qu’est-ce que tu bouffes c’est incroyable comment tu fais au sommet du « tape-cul » pour contrôler le passage des concurrents. Le « tape-cul ». Une bosse démoniaque à dix kilomètres de la fin de la sixième et dernière boucle. Un piège. Une preuve de la cruauté humaine. OK. Je réveille ma voiture en pleine sieste et je fonce. Et je trouve l’endroit – oui, je le trouve. Et je marche. Et j’arrive. Et je me dis que j’aurais dû apporter avec moi quelques canettes parce qu’il fait chaud. Mais qui suis-je pour me plaindre ? La bosse est un mur, d’une cinquantaine de mètres, au bout d’une longue ligne quasiment droite d’un bon kilomètre. Un mur de caillasse. De poussière. De douleur. Je le descends je le remonte je le teste. Avec un peu d’entraînement on doit pouvoir y battre le record de kilomètre lancé. Mais dans la descente… Dix minutes et 237 moustiques plus tard, je vois, là-bas au loin, trois cavaliers au galop. Ils ont parcouru, depuis l’aube, 150 kilomètres. Et là, ils tombent sur ce mur. Que pense le cheval à ce moment-là ? – Alors là coco pour grimper ça va falloir allonger le quintal de granulés… – Non, il déconne ? – Tu sais ce qu’elle te dit, la plus belle conquête de l’Homme ? – C’était pas Roland Garros aujourd’hui ? – Je boirais bien une bière moi ! – Je le vire ou je reste professionnel ? Etc, etc. On ne saura jamais ce que pense l’animal. Par contre une certitude m’envahit : le mental fait le cheval. Car si les premiers sont passés relativement facilement (les cavaliers mettant la plupart du temps pied à terre, joggant écarlates jusqu’au sommet), les suivants (qui devaient souvent garder leur cavalier en selle) tiraient une langue que je pensais appartenir uniquement à la famille des tamanoirs. C’est sur ce passage, une centaine de mètres en tout, après dix heures d’effort maîtrisé, que s’est jouée la première place. Le mental. Il faut y aller, c’est tout. Sans se poser de question. Le mental. La petite étincelle de delirium tremens où naît la win des champions. Qui ne s’apprend pas, ne s’entraîne pas, ne se dresse pas. Qui, dans le cas du cheval, vient d’une communion impalpable entre deux esprits. L’endurance a ses règles que la raison fait bien parfois d’ignorer. Enfin, après une heure de ce spectacle marquant à jamais mon souvenir de sueur et de gros mots proférés à l’encontre de l’organisation sadique de cette course, dont je devais coûte que coûte assumer en homme le rôle de représentant, assumant plus ou moins ce nouveau statut lourd de signification à l’école j’étais toujours les indiens, j’ai regagné l’hippodrome pour la remise des prix. Trophée – une maquette en bois d’un chalutier breton pour touriste polonais je refuse d’en dire davantage. Secouage de champagne depuis le podium (si quelqu’un sait comment enlever les taches je suis preneur). Remise des cadeaux. Dîner fourni. Rentré à trois heures du matin. (Ma voiture ne s’en est pas encore remise.) Ce que je retiens de cette journée de RYBcup 2008. 1. Le fluo c’est mauvais pour le teint. 2. Le vétérinaire est à l’épreuve d’endurance ce que Benoît XVI est au scout. 3. Un champion est un sportif qui, au-delà de savoir entraîner son corps, a su enfoncer ou défoncer les portes qui se dressaient devant lui. Peut-on appliquer ce principe à un cheval ? Je pense que oui dans la mesure où le cheval, comme le chien ou le dauphin, ne connaît pas le principe même de « la porte ». Au cavalier, alors, d’être assez ouvert pour franchir celles qui le bloquent lui. Et passer le mur du son… NB. Eu le temps de prendre quelques photos, que vous trouverez dans l’album « liste de mes courses ». Pour le classement, ici : http://www.endurocheval.com/ Pour les photos officielles, ici : http://brigitte-huard.com/fr/thumbs.php?FolioID=193&ID_me...
16:26 Publié dans Équitation d'Endurance | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : cei*** raid yvelines bahreïn cup, mondial endurance, endurance équestre, enduro cheval, cheval endurance, selles forestier
04.06.2008
Le raid du mois
Nous sommes le 4 juin c’est-à-dire la veille et l’avant-avant-veille de la CEI*** RAID YVELINES BAHREÏN CUP de Rambouillet, organisée par l’inépuisable équipe d’Enduro Cheval. Grosse et complexe organisation mais ça va bien se passer. Au programme, une sélection pour le Mondial des 7 ans Amateur et Pro 1 GP (90Km – le jeudi 5 juin), et la grande course Amateur et Pro Élite GP (160Km – le samedi 7 juin).
Comme j’ai promis à mon cheval qu’il verrait les demi-finales de Roland Garros, nous ne serons pas de la partie. Par contre, vu que j’ai été nommé d’office volontaire pour participer à l’événement (vous pourrez me croiser au vet-gate, facilement reconnaissable grâce au magnifique gilet fluo que je serai obligé, oui obligé de porter), vous trouverez, dès la semaine prochaine, une synthèse détaillée de ces deux journées de rêve. Enfin, de rêve pour vous, spectateurs, parce que j’ai vu le parcours, il y a des bosses que je n’aimerais pas faire à vélo…
Samedi, départ à 5h30. Mais vous pouvez arriver à 6h00, le café sera chaud…
Enduro Cheval, toujours ici : http://www.endurocheval.com/



