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05.08.2008

HK est grand

1419734329.jpg(Illustration : Gary Bryan)

À l’heure où le monde entier sauf Reporters sans Frontières se concentre sur Pékin et ses stades en dentelle on peut se poser une question à condition de ne pas la relayer sur Internet mais tant pis j’ai prévenu mon avocat : pourquoi les épreuves d’équitation se déroulent-elles à Hong Kong ? Et bien j’ai trouvé la réponse dans un article du Figaro, que l’on peut estimer très objectif vis-à-vis des autorités, chinoises en l’occurrence. Dès le début, Arnaud de la Grange (envoyé spécial du Figaro à Hong Kong) pose l’équation initiale : « Au-delà des raisons techniques, le gouvernement central avait un intérêt politique à héberger les courses de chevaux dans l'ancienne colonie britannique. » Oui mais encore… « Du temps de la tutelle britannique, on aimait dire que Hongkong était dirigée par le Jockey Club, le mythique groupe Jardine Matheson et le gouverneur. En insistant sur cet ordre. C'est dire si l'institution hippique pesait lourd dans l'ancienne colonie, et le retour dans le giron de la mère patrie chinoise n'a guère rebattu les cartes. »

« Le Hongkong Jockey Club a le monopole des courses, et les paris brassent chaque année plus de 100 milliards de dollars hongkongais (près de 9 milliards d'euros) ! Cette histoire, cette expertise aussi dans le monde du cheval, prédisposait naturellement Hongkong à héberger la partie équestre des Jeux olympiques. La crainte des risques sanitaires pour les chevaux sur le continent a été déterminante. Les délais courts pour construire des installations ex-nihilo à Shanghaï ou ailleurs ont fait le reste. Car si les chevaux ont été les meilleurs compagnons des conquérants mongols ou mandchous, l'équitation ne fait guère vibrer le quelque 1,3 milliard de Chinois. »

Ah, dialectique historique quand tu nous tiens…
Néanmoins, revenons à l’actualité.

[D’après Joseph Cheung, professeur de science politique à la City University de Hong Kong], « le gouvernement central est à l'évidence content de montrer que Hongkong est parfaitement intégrée, que son statut spécial ne l'exclut en rien d'un grand événement comme les JO, et que la ville n'est pas fâchée non plus de participer à ce moment de mobilisation nationale. » Bien vu Joseph… Et Arnaud de la Grange d’ajouter : « Même si l'équitation n'est pas le cœur battant des JO, l'opération de communication est toujours bonne à prendre. Hongkong garde un œil vigilant sur ses rivales émergentes, Shanghaï, Canton ou Shenzhen. »

Moralité : si vous aviez l’intention d’ouvrir un club équestre au Pays du Soleil levant, recouchez-vous. Mais continuons notre lecture.

« Le moral des 7 millions de Hongkongais n'est pas si mauvais, cependant. Après un passage à vide, de la crise financière asiatique de 1997 à la tragique épidémie de pneumonie atypique (Sras) de 2003, la Région administrative spéciale a retrouvé les saines couleurs de la croissance. La machine chinoise lancée à pleine vapeur profite à Hongkong. Forte de son indépendance fiscale, monétaire et douanière, et de son expertise dans tous ces domaines, elle reste une plate-forme essentielle des échanges commerciaux et financiers de la Chine. »

Donc tout ceci serait une simple histoire de dollars à dix-sept zéros. Incroyable.
Mais que fait la police politique ?

« Le fait que Hongkong ait une justice indépendante, une presse libre et jouisse d'une liberté de manifestation – singularité libérale garantie jusqu'en 2047 – n'autorisera pas de laisser-aller pendant les Jeux. Les autorités locales ont d'ailleurs prévenu que les règles de Pékin, sur la discrétion des bannières par exemple, s'appliqueraient aux sites sportifs de Hongkong. »

Je me permets une petite incision dans le texte – une considération très politiquement technique qui pourrait déstabiliser les plus sensibles d’entre vous…
Donc : […]

« Venu inspecter les installations olympiques au début du mois, le vice-président Xi Jinping, désormais en charge du dossier Hongkong à Pékin, en a profité pour rappeler qui était le patron. L'homme, qui fait figure de possible successeur du président Hu Jintao et qui effectuait sa première visite dans la ville, a donné l'impression de faire la leçon au chef de l'exécutif Donald Tsang, en l'incitant à gouverner de manière sensible et raisonnable. […] En attendant, à six jours de la cérémonie d'ouverture et même si l'engouement pour les JO est certain, les rues de Hongkong n'affichent pas le même matraquage publicitaire olympique qu'à Pékin. La mise en circulation d'une série limitée de billets de 20 dollars hong-kongais à l'effigie des JO a provoqué de jolies files d'attente devant la Bank of China. Mais cette excitation devait sans doute autant à la valeur numismatique future qu'à l'enthousiasme olympique. »

Bien. Nous voilà fixés sur l’amour chinois des chevaux.
Merci au Figaro.