03.07.2008
CO CO

Ce n’est pas (complètement) parce que le temps se fait rare, mais plutôt parce qu’il en vaut la peine – je fais ici allusion à l’article « complètement cheval » paru ce jour dans le journal l’Humanité. (Non pas que je sois abonné aux quotidiens historiques, mais en ce moment je lis ce journal-ci en faisant le plein de ma voiture. Je ne sais pas pourquoi…) Un article signé Marie-Noëlle Bertrand, qui décrit très bien, compte tenu de ses lecteurs qu’on peut imaginer ailleurs qu’à Longchamp le dimanche, le concours complet – qui s’affiche comme le phare de l’équitation française à Pékin d’ici peu. Je vous laisse en lire quelques passages, et reviens vers vous après.
« Une ivresse raisonnable. Ou, disons, une pondération fervente. Les cavaliers du concours complet parlent en piaffer. Prudents, ils savent que la distance qui sépare le succès de la chute est ténue et rechignent à s’afficher trop confiants. Hardis, ils ne brident aucuns de leurs espoirs chinois et les expriment sans forfanteries : une médaille pour l’équipe. L’or, tant qu’à faire le déplacement. Pareil, voire plus, en individuel. Pas d’emballement, ni de cabotinage. Juste un regard posé sur leurs dernières victoires qui les autorisent à tout croire, les forcent à tout redouter, et hissent leur discipline au rang de celles les plus attendues lors des prochains JO.
[Ce qui sort la discipline], du même coup, de la discrétion tamisée dans laquelle elle restait confinée. Non que le complet ait été oublié ou snobé. Mais longtemps, le concours de saut d’obstacles (CO) a brillé plus que lui. Certains, pour illustrer, usent de comparaisons. Le CO serait à l’équitation ce que la Formule 1 est aux sports mécaniques et le foot aux sports collectifs. Médiatique et lucratif. Comme le rallye et le rugby, le complet a quant à lui progressé en toute confidence, les deux pieds les deux mains dans la boue, loin des paillettes et des jeux d’argent.
C’est une discipline d’excellence dans laquelle les Français ont toujours brillé, explique Pascal Dubois, directeur technique national de la Fédération française d’équitation. Une affaire d’exigences éclectiques, héritière de l’équitation militaire. Chevaux et cavaliers devaient pouvoir défiler sur les Champs-Élysées, charger sur les champs de bataille, et récupérer leur capacité dès le lendemain, poursuit-il.
Traduction sportive et pacifiste : le dressage s’impose généralement en première épreuve. En finesse. Elle exige de tendre sa monture, de lui donner du ressort. Le trot est aérien, le galop rassemblé, et le pas cadencé. Le juge observera le liant des transitions, la régularité de l’allure, la légèreté des aides. Deuxième temps : le cross. Physique, endurant et risqué. Les obstacles naturels s’égrènent sur quelques kilomètres. Les chevaux forcent leur allure, allongent les galops, ventre à terre, et étirent leurs sauts. S’affirment téméraires, aussi, face aux masses et aux vides. Troisième temps : le saut d’obstacles. Les barres sont moins hautes et les enchaînements moins techniques que pour un CO classique. Là, tout se joue sur la capacité de récupération de la monture. Sa faculté à revenir au calme pour se tendre à nouveau, sans rien lâcher de sa puissance.
Et sur tout cela, ne montrer aucun point faible. Le complet est la synthèse de trois disciplines, conclut Thierry Touzaint, entraîneur national et sélectionneur de l’équipe de France. Depuis 1993 qu’il occupe cette fonction, il a ramené 19 médailles à la France. Une expérience de l’oeil, qui veut que le sien repère non seulement les bons chevaux et les bons cavaliers, mais ceux qui, ensemble, formeront le bon duo.
Car le complet est aussi une affaire de couple. Un cheval, un cavalier. Une rencontre et des années de travail. Avec Espoir de la Mare, le déclic a été immédiat, raconte Jean Teulère. En 2002, l’homme et son cheval étaient sacrés champions du monde. En 2004, ils étaient champions olympiques par équipe. Des hauts, après des bas depuis leurs débuts, en 1994. Je l’ai essayé. Et j’ai senti. Des capacités évidentes. Une propulsion, un équilibre. Une habilité à résoudre un problème face à un enchaînement d’obstacles.
Un foutu caractère, également. Disons qu’il avait une opinion de l’équitation différente de la mienne… Plusieurs années de travail avant de trouver le bon consensus. Des espoirs, des gadins. Et, depuis six ans, des victoires à la chaîne. Symbiose acquise entre l’homme et sa monture ? Les mots dithyrambiques ne sont pas nécessaires, rectifie le cavalier. Il s’agit juste de réussir à capter l’attention du cheval, à le faire adhérer aux exercices qu’on lui propose… À faire qu’une aide grossière devienne un effleurement, presqu’une pensée. Une habitude. »
Attention c’est moi… Outre le fait qu’un quotidien généraliste puisse ainsi prescrire l’équitation comme remède culturel, une remarque m’envahit. Quasiment partout, dans cet article, nous pourrions remplacer CO par Endurance. Et pourtant non, c’est bien CO. Pourquoi ? Peut-être devrais-je poser la question à Marie-Noëlle Bertrand. Mais peut-être, aussi, ne connaît-elle pas ladite discipline. Il est vrai qu’elle ne figure pas au catalogue JO. Pourtant, Pékin aurait été la bonne place pour faire cette révolution-là.
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